Le statut de la langue

 

Ce paramètre rend compte du degré de reconnaissance des langues par les instances politiques des pays dans lesquels elles sont parlées. Comme nous allons le voir ci-dessous il va bien au delà de la simple notion de langue officielle du pays. Notre principale source d'information est ici le site "L'aménagement linguistique dans le monde" de l'université Laval[15].

Commenèons par nous intéresser aux définitions qui y sont données :

"Le statut de "langue officielle" étant un concept plus ou moins ambigu, il faut comprendre que, dans ce site, une langue officielle est reconnue par la loi (de jure) ou dans les faits (de facto) par un état (souverain ou non souverain), sur l'ensemble du territoire ou une partie de celui-ci. Dans tous les cas, il faut que cet état dispose d'une assemblée, d'un Exécutif et d'une fonction publique, ce qui exclut les langues officielles d'un territoire autochtone ("réserve"), d'une région administrative, d'une commune ou d'une municipalité. Un état peut reconnaître deux, trois ou quatre langues officielles sur son territoire. On parle alors d'état bilingue, trilingue ou quadrilingue."

Un bon exemple de la distinction entre les statuts de facto et de jure se trouve aux Etats Unis d'Amérique où la constitution ne reconnaît aucune langue officielle, mais où le statut officiel de fait de l’anglais est incontestable.

Si le concept d'état souverain, équivalent à celui de pays, est clair, celui d'état non souverain doit être précisé. Citons ici la manière dont l'équipe de Laval le définit :

"Qu'on les appelle état (Inde ou états-Unis), province (Canada), région autonome  (Italie), communauté autonome (Espagne), collectivité territoriale ou territoire d'outremer (France),canton (Suisse), gouvernement participant (Francophonie), état libre associé (éland, Porto Rico, Guam), etc., les états non souverains disposent, à des degrés variables, de compétences législatives, exécutives et judiciaires (souvent). Ils ont généralement leur propre constitution, leur parlement et leur législation, leur administration, leurs moyens financiers, etc. Ils jouissent de tous les attributs d’un état, sans la souveraineté politique. Ils sont cependant hiérarchiquement subordonnés à un autre gouvernement "le gouvernement central", bien que, dans certains cas, les champs de juridiction soient exclusifs et s'exercent de faèon autonome, voire souveraine."

Selon cette définition l'Espagne comporte dix-sept communautés autonomes et deux cités autonomes (Ceuta et Melilla), Hong Kong et Macao sont des régions administratives spéciales de la République Populaire de Chine, l'île de Pâques est un territoire spécial du département de Valparaiso, les Iles Mariannes sont un état librement associé aux Etats Unis d'Amérique etc..

Nous adopterons donc cette définition mais distinguerons cependant deux cas :

- Une langue officielle ou co-officielle d'un état non souverain est la même que celle de l'état souverain dont il dépend. Les îles des Antilles, de l'océan Indien ou du Pacifique dépendant de la France, du Royaume Uni, des Etats Unis, de la Nouvelle Zélande, de l'Australie ou des Pays-Bas  ont le franèais, l'anglais ou le néerlandais comme langue officielle ou co-officielle. Le Groenland, Gibraltar sont dans une situation similaire. Ce statut correspond le plus souvent non pas à l'importance de la langue dans le pays mais à une commodité administrative : on ne parle pas beaucoup anglais aux Samoa américaines mais plutôt samoan, de même le gilbertin est parlé à Kiribati, le chamorro aux îles Mariannes, le Marshallais aux îles Marshall, le créole à la Guadeloupe et à la Martinique, le papiamento aux Antilles néerlandaises. Nous ne comptabiliserons pas ces situations et considérerons aussi de la même manière certains cas ambigus de peu d'importance, par exemple : Sainte Hélène, les Falklands ou Saint Pierre et Miquelon, bien qu'aucune langue "indigène" n'y soit opposable à la langue officielle.

- Une langue officielle ou co-officielle d'un état non souverain est différente de la langue de l'état souverain dont il dépend. Le portugais à Macao, l'inuktitut au Groenland, l'anglais à Hong-Kong, le danois au Schleswig-Holstein, le galicien dans le communauté autonome de Galice sont dans cette situation. Ces cas sont comptabilisés.

 

D'autre part nous considérerons ce niveau de statut officiel dans des états non souverains comme inférieur au précédent. Précisons en prenant l'exemple du Groenland, état non souverain, bénéficiant d'un certain niveau d'autonomie politique par rapport au Danemark. Le Groenland a deux langues officielles, le danois et le groenlandais (inuktitut du Groenland). Nous avons expliqué plus haut que le danois, langue officielle de l'état souverain dont dépend le Groenland n'est pas comptabilisé. Considérer l'Inuktitut comme langue officielle de statut équivalent à celle du danois au Danemark nous semble anormal, cette langue est d'usage purement interne et par exemple, il n'existe probablement aucune instance internationale prévoyant des traductions simultanées à partir ou vers l'inuktitut. Nous attribuerons alors aux langues des états non souverains une "valeur" inférieure à celle des états souverains. Ce point sera précisé plus bas.

Il existe une troisième manière de distinguer une ou plusieurs langues parmi toutes celles parlées dans un pays. Les constitutions et les lois linguistiques accordent souvent un statut particulier à telle ou telle langue : langues admises dans les débats parlementaires, dans l'administration, dans les cours de justice ou dans les divers niveaux d'enseignement. Ces lois peuvent correspondre à un état de fait, une réelle volonté de promouvoir certaines langues, un choix politique voire populiste, un refus de choisir ou toute autre raison. Nous qualifierons une langue relevant d'un tel statut de "langue privilégiée". Nous recherchons ici une réelle volonté de promouvoir une langue et essayons d'éviter les déclarations de principe non suivies d'actions. Ceci mérite quelques précisions :

 Les cas dans lesquels quelques langues sont déclarées officielles ou nationales, le Sénégal par exemple (six langues) seront considérés dans cette catégorie. Mais il existe des cas extrêmes comme la Bolivie où l'article 5 de la constitution de 2009 cite nommément trois douzaines de langues, le Vénézuela (2008) qui en cite une quarantaine, ou le Pérou pour lequel l'article 48 de la constitution de 1993 indique dans son troisième alinéa que outre le castillan, le quechua et l'amayra, "les autres langues" sont officielles.

Bolivie :

Artículo 5

I. Son idiomas oficiales del Estado el castellano y todos los idiomas de las naciones y pueblos indígena originario campesinos, que son el aymara, araona, baure, bésiro, canichana, cavineño, cayubaba, chácobo, chimán, ese ejja, guaraní, guarasu’we, guarayu, itonama, leco, machajuyai-kallawaya, machineri, maropa, mojeño-trinitario, mojeño-ignaciano, moré, mosetén, movima, pacawara, puquina, quechua, sirionó, tacana, tapiete, toromona, uru-chipaya, weenhayek, yaminawa, yuki, yuracaré y zamuco

Pérou :

Artículo 48 [1993]

Son idiomas oficiales el castellano y, en las zonas donde predominen, también lo son el quechua, el aimara y las demás lenguas aborígenes, según la ley.

Ces cas extrêmes seront ignorés car ils ne correspondent pas à une réelle politique volontariste de promotion de telle ou telle langue. Par exemple devant une cour de justice bolivienne, les documents présentés doivent être rédigés en espagnol et non dans une des trente six autres langues prétendues officielles, ce qui semble invalider l'article 5 cité plus haut. Précisons cependant que l'article du code de procédure civile date de 1975 et la constitution de 2009.

Parfois le traitement particulier accordé aux langues se réduit à une ville. Citons encore l'université Laval au sujet du Canada : "La législation ne s'applique pas aux municipalités, mais certaines municipalités offrent des services en d'autres langues sur une base ponctuelle. La ville de Fort-Smith est la seule à avoir officiellement déclaré des services multilingues en anglais, en franèais, en chipewyan, en cri et en slavey du Nord."

Et le gouvernement des territoires du Nord Ouest (du Canada), affirme sur son site Internet offrir des services dans onze langues : anglais, franèais, cri, dogrib, chipewyan, slavey du sud, slavey du Nord, gwich'in, inuvialuktun, inuktitut et inuinnaqtun[16]. Sous l'index "Official Languages" ce site Internet propose l'annonce ci-dessous :

Citons un autre exemple de langues officielles au niveau local, il nous vient de la ville de São Gabriel da Cachoeira, dans l'état d'Amazonas au Brésil :

Article 1er

Le portugais est la langue officielle de la République fédérale du Brésil 

Paragraphe unique

Il est établi que la municipalité de Saint-Gabriel de Cachoeira / état d'Amazonas adopte trois langues co-officielles, le nheengatu, le tukano et le baniwa.

Article 2

Le statut de langue co-officielle accordé par le présent article oblige la Municipalité :

 à assurer des services publics de base de participation au public dans les répartitions publiques dans la langue officielle et dans les trois langues co-officielles, à l'oral et à l'écrit. 

 à produire la documentation publique, ainsi que les campagnes publicitaires institutionnelles dans la langue officielle et dans les trois langues co-officielles. 

 à encourager à soutenir l'apprentissage et l'usage des langues co-officielles dans les écoles et dans les moyens de communication.

On notera que par l'article 2 cette municipalité (34000 habitants en 2005) s'impose un certain nombre d'obligations, et qu'il ne s'agit pas ici d'une généreuse déclaration d'intention uniquement formelle mais bien de la reconnaissance de ces trois langues.

Il est difficile d'en arriver à un tel niveau de détail et de recenser toutes les situations particulières dans le monde. Nous ne prétendons donc pas que notre compilation soit exhaustive : l'origine des données se trouve dans les constitutions, les lois linguistiques, les décrets et règlements édictés aux différents niveaux des administrations, et il est difficile de tous les consulter. Cependant cette compilation permet de distinguer des langues qui ont, même à un niveau local, obtenu une certaine reconnaissance de leur importance, de leur "poids".

Une autre source de confusion est l'existence de langues voisines. Ainsi :

Du point de vue du statut, les autorités maliennes ont reconnu 13 langues nationales. L'article 1 du décret 159 PG-RM du 19 juillet 1982 cite les langues suivantes: le bambara (ou bamanankan), le bobo (bomu), le bozo, le dogon (dogo-so), le peul (fulfulde), le soninké (soninke), le songoy (songaï), le sénoufo-minianka (syenara-mamara et le tamasheq (tamalayt). Mais d'autres langues sont également reconnues: le hasanya (arabe), le kasonkan, le madenkan et le maninkakan. Le franèais, quant à lui, bénéficie du statut de langue officielle, mais le bambara sert, dans plusieurs régions, de principale langue véhiculaire. Il n'est pas rare que, dans les villages du Sud, les enfants soient bilingues (langue locale é bambara), voire trilingues. é l’école, le franèais est souvent  enseigné en tant que quatrième langue.

Les problème est ici que selon les données d’Ethnologue, il existe au Mali quatre variétés de bozo, dont trois sont d'importance similaire du point de vue du nombre de locuteurs, quatorze variétés de dogon mais pas de dogon "dogo-so", deux manikakan et trois songaï, quant au madenkan, nous ne le trouvons nulle part. La conséquence de tout ceci est que, comme dans le cas du nombre de locuteurs, il nous faudra admettre un certain degré d'approximation dans nos données.

 

Du point de vue du "poids", nous avons déjà indiqué que nous n'attribuons pas la même valeur aux différents niveaux de langues "officielles, nationales, constitutionnelles, admises, privilégiées".

Nous appliquerons donc les règles suivantes :

a) Nous recenserons indépendamment trois facteurs correspondants aux langues des trois niveaux décrits et les combinerons ensuite en affectant un coefficient 1 aux langues officielles des états souverains, 0.5 à celles des états non souverains et 0.25 aux autres langues distinguées pour quelque raison que ce soit.

b) En ce qui concerne les langues des états souverains nous retiendrons comme donnée brute le nombre d'états souverains dans lesquels la langue est officielle.  Pour le malais par exemple nous en obtenons 4, Bruneï, la Malaisie, l'Indonésie et Singapour.

c) Une langue ne pourra être retenu deux fois dans un même état souverain.

c1) Si dans un même état souverain une langue est citée à deux ou trois niveaux nous ne la retiendrons qu'une fois, au niveau supérieur. Ce cas est très courant dans les états fédéraux. Le hindi officiel en Inde et dans une dizaine d'états de l'union est dans ce cas. Il ne sera retenu qu'une seule fois comme langue officielle de l'Union Indienne.

c2) Si une langue est officielle dans plusieurs états non souverains d'un même état souverain nous ne la retiendrons qu'une seule fois. Le Xhosa, officiel dans quatre états de l'Afrique du Sud, le Zoulou dans trois en sont des exemples, ils ne seront comptabilisés qu'une seule fois chacun, comme langue officielle d'états non souverains.

d)  Si une langue est officielle dans un état souverain et une partie d'un autre elle est retenue pour les deux facteurs. Le swati, officiel au Swaziland et dans la province du Mpumalanga en Afrique du Sud en est un exemple, il sera comptabilisé une fois pour chaque facteur.

 

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Poids des langues

Lorsque l'on s'interroge sur l'importance relative des langues, le critère du nombre de locuteurs est toujours le premier à apparaître : quelle est la langue la plus parlée au monde ? Combien de gens parlent cette langue ? etc.
Mais cette approche pose un double problème 
D'une part, le décompte des locuteurs n'est pas une science exacte et les différentes sources disponibles donnent des chiffres différents et ne parviennent pas toujours aux mêmes classements.
Par ailleurs, d'autres facteurs jouent un rôle dans la détermination du "poids" des langues.

Ce baromètre repose sur onze facteurs pour le moment et il est amené à évoluer par l'incorporation de nouveaux facteurs.